37. De la survie à la connaissance de soi : guérir les relations toxiques et retrouver sa juste place
Lorsqu’une personne subit des violences depuis l’enfance, une forme de déconnexion peut s’installer : déconnexion de ses ressentis, de ses besoins, de son identité profonde. Même lorsque certaines compétences psychosociales ont pu être développées, les blessures laissées par la violence viennent souvent altérer la connaissance de soi. Pourtant, cette connaissance est essentielle. Elle repose sur des compétences cognitives, émotionnelles et relationnelles qui nous permettent de comprendre qui nous sommes, ce que nous vivons et comment nous interagissons avec le monde.
La violence isole. Elle pousse parfois à l’auto-exclusion, à la méfiance ou à la difficulté d’entrer en relation avec les autres. Ce constat est largement partagé par les professionnels de la santé mentale en France et en Europe. Car personne n’est fait pour souffrir. La souffrance n’est pas une destinée.
Comprendre la violence et ses conséquences
La violence regroupe l’ensemble des actes physiques, psychologiques ou émotionnels visant à diminuer le pouvoir d’une autre personne. Certaines violences sont conscientes, d’autres s’exercent de manière plus insidieuse ou inconsciente.
Il existe également des violences structurelles : des décisions sociales, économiques ou politiques qui fragilisent une partie de la population sans lui donner les ressources nécessaires pour vivre dignement plutôt que survivre.
Les conséquences peuvent être profondes et durables. Elles se manifestent souvent dans les relations que nous entretenons avec nous-mêmes et avec les autres, qu’elles soient spirituelles, personnelles, professionnelles ou structurelles.
Les relations spirituelles toxiques
Une relation spirituelle devient toxique lorsqu’elle nie le libre arbitre et cherche à contrôler plutôt qu’à accompagner.
Par exemple, entendre qu’il faut rompre avec sa famille pour appartenir à un groupe religieux constitue une forme de violence. La spiritualité, telle que je la conçois, n’a pas vocation à enfermer. Elle honore la liberté de chacun et repose sur un amour qui accueille sans juger.
Pour moi, cette énergie universelle — que certains nomment la Source, la Mère Divine ou le Christ — invite à l’acceptation, à la paix intérieure et au respect du chemin de chacun.
Les relations personnelles toxiques
Ce sont ces relations où l’on a constamment l’impression de « marcher sur des œufs », où l’on s’adapte sans cesse pour éviter les conflits ou les rejets.
Ces dynamiques prennent souvent racine dans une estime de soi fragilisée.
Comme l’expliquait le psychanalyste Guy Corneau, l’estime de soi réaliste consiste à reconnaître que nous ne sommes ni les plus beaux, ni les plus intelligents, mais que nous possédons tous des talents et des compétences qui méritent d’être mis au service de nos projets et de notre place dans le monde.
Prendre sa place ne signifie pas prendre celle des autres. Cela signifie simplement cesser de leur abandonner la nôtre.
Pour construire des liens d’attachement sains plutôt que des relations de dépendance, il est nécessaire de reconnaître sa vulnérabilité. Être vulnérable, c’est connaître ses limites, ses fragilités et ses axes d’amélioration sans les vivre comme des défauts.
C’est aussi faire preuve d’authenticité : accepter ses zones d’ombre autant que sa lumière.
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Cette démarche repose sur plusieurs étapes :
- Identifier et valoriser ses points forts. Cela nourrit l’estime de soi, renforce le sentiment d’efficacité personnelle et apaise la mémoire émotionnelle traumatique.
- Observer ensuite ses ombres, ses expériences difficiles, ses essais, ses erreurs, ses échecs et ses possibilités d’évolution : les « 4 E » de Résilience By Jess. Cette approche favorise une lecture plus rationnelle et factuelle de son parcours.
- Se fixer un objectif clair, qu’il soit simple ou ambitieux. L’essentiel est d’oser avancer sur son chemin de résilience.
- Revenir régulièrement aux « 4 E » afin de rester agile et poursuivre son évolution.
Comme je l’écris souvent :
« Se montrer vulnérable, c’est oser se montrer en tant qu’Humain parfait : rien à juger, simplement à accepter, dans une évolution permanente. »
Jessy Reine Picard
Pas à pas, il devient alors possible de transformer ses blessures en ressources. C’est un véritable processus alchimique : découvrir l’or qui sommeille en soi et retrouver un équilibre plus profond.
Les relations professionnelles toxiques
La santé mentale au travail est aujourd’hui un enjeu individuel, collectif et sociétal.
Selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé, la santé mentale est un état de bien-être qui permet de faire face aux difficultés de la vie, de réaliser son potentiel, d’apprendre, de travailler et de contribuer à la communauté.
Or, les violences, les inégalités ou la précarité fragilisent directement cet équilibre.
Dans les organisations, les relations humaines constituent le socle de toute coopération. Comme le rappelle Robert Mucchielli, les groupes professionnels sont avant tout des unités socio-affectives : des êtres humains réunis autour d’un objectif commun.
Jacques Salomé soulignait quant à lui que toute relation implique deux personnes, chacune responsable de sa part dans l’échange. Cette idée peut être complétée par la notion de locus de contrôle interne : nous ne pouvons agir que sur ce qui dépend réellement de nous.
Mais comment agir lorsque la violence s’invite au travail ? Comment faire face à un harcèlement discret, progressif ou particulièrement destructeur ?
La réponse passe par la construction d’une véritable mallette de compétences, de ressources et de stratégies. Développer ses compétences psychosociales devient alors indispensable pour se protéger, comprendre les mécanismes à l’œuvre et retrouver du pouvoir d’agir.
Les violences structurelles : la précarité des mères célibataires et des femmes travailleuses pauvres
La précarité n’est pas toujours le résultat d’un choix. Pour beaucoup, elle est la conséquence d’un enchaînement de violences personnelles, professionnelles ou institutionnelles.
Lorsqu’on a déjà connu des traumatismes, une nouvelle violence peut rapidement faire basculer vers une grande insécurité émotionnelle et matérielle.
La précarité, c’est le manque de ressources pour répondre à ses besoins fondamentaux. C’est vivre avec une marge de sécurité inexistante, devoir constamment arbitrer entre les dépenses essentielles et renoncer à prendre soin de sa santé physique ou mentale.
C’est aussi la réalité de nombreuses femmes occupant des emplois précaires, en contrats courts ou en intérim, tout en assumant seules la charge familiale.
Une société plus humaine devrait permettre à chacun d’exprimer ses difficultés sans avoir à se justifier en permanence ni à exposer son intimité pour accéder à des aides souvent lentes ou insuffisantes.
Ce sont ces relations structurelles qu’il devient nécessaire de transformer : alléger la charge mentale, réduire les jugements, restaurer la dignité et renforcer l’accès aux ressources.
Oser la connaissance de soi pour sortir du mode survie
La connaissance de soi et le développement des compétences psychosociales constituent des leviers puissants de transformation.
Le chemin n’est pas confortable. Il nous confronte à nos mécanismes de survie, à nos peurs et à nos blessures les plus profondes.
Mais que risquons-nous si nous n’agissons pas ?
Pour ma part, il fut un temps où je ne vivais plus vraiment pour moi. Je tenais uniquement pour mes TrésOrs. Je ne voulais plus subir. Je refusais que mes enfants traversent ce que j’avais moi-même vécu.
Je sais aujourd’hui que je ne pouvais pas leur éviter toutes les difficultés de la vie, ni mes propres erreurs de mère. Mais j’ai évolué. Et c’est cette évolution que je choisis de retenir.
Retrouver le lien avec soi commence souvent par la redécouverte de ses ressentis. Apprendre à sentir ce qui nous traverse, à écouter les signaux du corps, à accueillir les émotions agréables comme les plus inconfortables.
Au fil du temps, nous développons une véritable bibliothèque sensorielle et émotionnelle. Nous reconnaissons la joie lorsqu’elle nous habite. Nous identifions aussi les tensions qui apparaissent face à une relation toxique ou à une situation qui ne respecte plus nos limites.
C’est alors que nous touchons au cœur de notre santé mentale : notre monde intérieur, nos croyances et nos pensées.
Lorsque celles-ci restent prisonnières des blessures du passé, elles nous conduisent souvent à répéter les mêmes scénarios : abandons, rejets, trahisons, humiliations ou injustices.
Pour apaiser cette souffrance, nous pouvons être tentés de nous réfugier dans des dépendances ou des compensations qui nous éloignent de nous-mêmes. Nous y sacrifions parfois notre énergie, notre temps, notre attention et même nos valeurs.
Pourtant, nous avons tous de la valeur. Nous sommes dignes d’amour, de respect et de notre juste place, sans avoir à exercer de violence envers nous-mêmes ou envers les autres.
Conclusion : retrouver son unité intérieure
Guérir des violences vécues ne signifie pas effacer son histoire. Cela signifie apprendre à ne plus lui laisser diriger notre vie.
La connaissance de soi, les compétences psychosociales, l’acceptation de sa vulnérabilité et le développement de ressources adaptées constituent des clés précieuses pour sortir du mode survie.
Retrouver son unité intérieure, dans ses dimensions émotionnelle, relationnelle, corporelle et spirituelle, est à la fois le chemin, la porte et la destination.
C’est là que l’on découvre un espace de repos pour l’âme, le corps et l’esprit. Un espace où l’on peut enfin se reconstruire, se protéger, rêver à nouveau et bâtir sa vie sur une fondation solide : celle d’un amour authentique, conscient et profondément vivant.
Source
* https://www.who.int/fr/health-topics/mental-health#tab=tab_1
