13. Définition du soutien psychosocial et spirituel comme socle de la résilience après les violences

Le soutien psychosocial et spirituel peut être défini comme l’ensemble des attitudes, relations, ressources et interventions qui permettent à une personne ayant vécu des violences — sexuelles, intrafamiliales, professionnelles ou structurelles, telles que la précarité — de retrouver suffisamment de sécurité, de sens, de pouvoir d’agir et de lien pour préserver ou reconstruire sa capacité de résilience.

Il s’agit d’un accompagnement qui considère la personne dans sa globalité : son vécu psychique, ses émotions, son corps, ses relations, son environnement social, ses valeurs, ses croyances, son histoire et sa représentation du sens de sa vie.

Dans cette perspective, le soutien spirituel ne désigne pas nécessairement une pratique religieuse. Il peut être laïque ou religieux, selon les convictions de la personne. Il concerne plus largement ce qui permet de se relier à ce qui fait sens : les valeurs, l'identité, les liens, la dignité, l'espoir, la transmission, la nature, la création, la solidarité, la foi ou toute autre dimension existentielle choisie par la personne.

Cette conception rejoint l'approche développée aux HUG (Hôpitaux Universitaire de Genève) en médecine palliative : accompagner une personne suppose d'identifier ses besoins psychiques, sociaux et spirituels, de prendre en compte son histoire, ses croyances, ses valeurs et son contexte, puis de construire avec elle un accompagnement ajusté.

Pourquoi cette approche est particulièrement pertinente après des violences ?

Les violences ne touchent pas seulement le corps ou la santé psychique. Elles peuvent également atteindre profondément la représentation que la personne a :

  • d'elle-même ;
  • de sa valeur ;
  • de ses capacités ;
  • de son corps ;
  • de ses limites ;
  • de sa capacité à faire confiance ;
  • de son droit à dire non ;
  • de sa capacité à demander de l'aide ;
  • de sa place parmi les autres ;
  • de son avenir ;
  • et parfois du sens même de son existence.

La violence peut ainsi produire ou renforcer des schémas de pensées, de croyances et de comportements destinés initialement à survivre, mais qui deviennent ensuite coûteux ou inadaptés lorsque la situation de danger a changé.

L'enjeu de la résilience n'est donc pas simplement de « devenir fort » ou de « tourner la page ». Il est de permettre à la personne de retrouver progressivement la possibilité de choisir ses réponses plutôt que de rester enfermée dans des stratégies de survie devenues automatiques.

La résilience peut alors être comprise comme une capacité dynamique : elle dépend à la fois des ressources internes de la personne et des ressources relationnelles, sociales et environnementales auxquelles elle peut avoir accès.

Les compétences psychosociales : passer de la survie au pouvoir d'agir

Les compétences psychosociales (CPS) constituent un levier concret de cette reconstruction.

Elles regroupent des capacités cognitives, émotionnelles et sociales permettant notamment de mieux comprendre ce que l'on ressent, réguler ses émotions, prendre des décisions, communiquer, établir des relations, résoudre des difficultés et développer son pouvoir d'agir. Santé publique France souligne qu'elles participent au bien-être psychique, à la santé globale et à l'empowerment.

Dans une formation à la résilience après des violences, les CPS peuvent notamment aider la personne à :

  • Identifier ce qu'elle ressent et ce dont elle a besoin.
  • Différencier le danger réel du danger anticipé.
  • Reconnaître ses limites et apprendre à les exprimer.
  • Dire non, demander de l'aide et poser des limites relationnelles.
  • Identifier les pensées et croyances héritées de situations de violence.
  • Développer des stratégies de régulation émotionnelle.
  • Prendre des décisions davantage en accord avec ses valeurs.
  • Reconstruire des relations plus sécurisantes.
  • Développer son sentiment d'efficacité personnelle.
  • Retrouver progressivement une capacité de choix et de projection dans l'avenir.

Ainsi, les CPS ne sont pas seulement des « outils de bien-être ». Elles peuvent devenir des compétences de protection de la résilience.

Protéger une estime de soi réaliste

La reconstruction de la résilience passe également par la reconstruction d'une estime de soi réaliste.

Il ne s'agit pas de convaincre une personne qu'elle est « extraordinaire », ni de remplacer une croyance négative par une affirmation positive artificielle.

Une estime de soi réaliste consiste plutôt à pouvoir progressivement reconnaître :

« J'ai de la valeur, même lorsque je suis en difficulté.
J'ai des forces et des fragilités.
Je peux avoir commis des erreurs sans être une erreur.
Ce qui m'est arrivé ne définit pas toute mon identité.
J'ai le droit d'avoir des besoins, des limites et des choix.
Je peux apprendre à me protéger.
Je peux demander de l'aide.
Je peux évoluer sans avoir à nier ce que j'ai vécu. »

Cette conception peut être mise en dialogue avec les travaux de Guy Corneau, psychanalyste, notamment autour de la relation à soi et de l'importance de « mieux s'aimer » pour construire des relations plus ajustées.

Dans le contexte des violences, cette relation à soi devient un enjeu de résilience : plus la personne peut reconnaître sa valeur indépendamment du regard ou du comportement de l'agresseur, du groupe, de l'institution ou de l'environnement social, plus elle peut retrouver un espace intérieur à partir duquel choisir et agir.

L'objectif n'est donc pas une estime de soi « haute » en permanence, mais une estime de soi suffisamment stable, nuancée et réaliste pour résister aux atteintes répétées de la violence, du rejet, de la honte ou de la précarité.

La dimension spirituelle : retrouver du sens sans imposer de croyance

Après certaines violences, la question n'est pas seulement :

« Comment vais-je aller mieux ? »

Elle peut également devenir :

« Qui suis-je maintenant ? »
« Qu'est-ce qui compte encore pour moi ? »
« À quoi ai-je envie de consacrer ma vie ? »
« Quelles valeurs veux-je préserver ? »
« Quel avenir puis-je encore imaginer ? »

C'est ici que la dimension spirituelle peut trouver sa place.

Dans une approche laïque, la spiritualité peut être entendue comme la possibilité de travailler sur le sens, les valeurs, la dignité, l'identité, l'espérance et le sentiment d'appartenance.

Dans une approche religieuse, elle peut également s'appuyer sur la foi, la prière, une communauté ou les ressources propres à une tradition spirituelle.

Dans les deux cas, le principe fondamental est le même : ne jamais imposer à la personne une interprétation du sens de ce qu'elle a vécu.

Le rôle de l'accompagnement est de créer un espace dans lequel elle peut éventuellement reconstruire son propre sens.

La pair-aidance : rendre possible ce qui semblait impossible

La pair aidance  apporte une dimension complémentaire aux approches professionnelles.

Elle ne représente pas un modèle de « guérison parfaite » et n'a pas pour fonction de dire à l'autre comment s'en sortir.

Sa force réside dans une forme particulière de crédibilité :

|« Je sais ce que cela peut faire de vivre cela, et je sais aussi qu'une évolution est possible parce que je l'ai expérimentée. »

Lorsque son parcours est suffisamment travaillé et qu'elle bénéficie d'un cadre adapté, la pair aidante peut rendre visibles des possibilités que la personne accompagnée ne parvient parfois pas encore à imaginer.

Son témoignage peut notamment montrer qu'il est possible de :

  • reconnaître ses anciens mécanismes de survie ;
  • identifier des croyances qui enferment ;
  • modifier progressivement certains comportements ;
  • apprendre à poser des limites ;
  • accepter de demander de l'aide ;
  • développer de nouvelles compétences ;
  • retrouver une relation plus bienveillante avec soi-même ;
  • reconstruire des liens ;
  • reprendre du pouvoir sur ses choix ;
  • et construire une vie qui ne soit plus entièrement organisée autour de la violence vécue.

La pair aidante devient alors une preuve vivante de possibilité, mais pas une preuve que toutes les personnes doivent suivre le même chemin.

Son exemplarité ne réside pas dans le fait d'être « arrivée au bout ». Elle réside dans le fait de pouvoir témoigner d'un processus de transformation : celui qui consiste à passer progressivement de comportements dictés par la survie à des comportements davantage choisis.

Voici le voyage, le chemin que je propose avec toutes mes offres, ajustées aux profils de mon public, du pragmatique au plus spirituel. Nous avons tous le droit à un soutien psychosocial & spirituel équitable.

Tous droits réservés à Jessy Reine PICARD.

Sources :

hug.ch/medecine-palliative/que-sont-soins-palliatifs

santepubliquefrance.fr/competences-psychosociales

editionsedito.com/catalogue/product/mieux-saimer-pour-aimer-mieux