6. L'intérêt de la spiritualité laïque dans la santé mentale et les projets de vie pour un bien-être durable

Dans un monde en quête de repères et souvent marqué par le stress, l’incertitude et la perte de sens, la spiritualité laïque émerge comme une ressource précieuse et accessible à toutes et tous, indépendamment des convictions religieuses.

La spiritualité laïque apparaît comme une ressource essentielle, distincte de la religion mais tout aussi profonde.

Cette forme de spiritualité, détachée des dogmes, repose sur des valeurs universelles telles que la conscience de soi, l’interconnexion, la quête de sens, la pleine présence et la bienveillance.


Madame Éveline Grieder1, sociologue et enseignante de méditation, partage un parcours riche et ouvert, nourri par différentes traditions et influencé notamment par la pensée d’Edgar Morin, qui insiste sur la double nature de l’être humain : rationnel (homo sapiens) et irrationnel, créatif, rêveur (homo demens).

Monsieur Morin défend l’idée que l’être humain a besoin à la fois d’un état de conscience prosaïque (pour gérer le quotidien) et d’un état poétique (pour s’élever, rêver, donner du sens). Cette tension entre raison et imaginaire, entre sacré et profane, est naturelle et nécessaire à l’équilibre personnel et collectif. Elle peut exister indépendamment des religions.

Dans ce contexte, la spiritualité laïque désigne une expérience intérieure de profondeur, d’unité et d’ouverture à l’invisible, accessible à tous, croyants ou non. Historiquement, ce type de spiritualité a été porté par des figures comme Jean Jaurès, dont l'engagement politique était indissociable d'une grande vie intérieure.

Monsieur Jaurès croyait en une société où l’épanouissement de l’âme allait de pair avec celui du corps, grâce à une éducation tournée vers la liberté, la conscience, et le respect des différences.

Il voyait dans la spiritualité un moteur de transformation sociale, un lien entre l'individu et l'univers, source de créativité, de paix et d’harmonie collective.

1. Un levier pour la santé mentale

La spiritualité laïque agit comme un facteur protecteur face aux troubles psychiques. 

Elle favorise :

  • La résilience en aidant à donner un sens aux épreuves ;

  • La réduction du stress et de l’anxiété, notamment à travers des pratiques comme la méditation, la contemplation ou l’écriture introspective ;

  • Le développement de compétences émotionnelles (empathie, gratitude, régulation des émotions) ;

  • Un ancrage intérieur dans des périodes de transition, de perte ou d’instabilité.


2. Un soutien dans les projets de vie et professionnels

Intégrer la spiritualité laïque dans la réflexion sur ses projets de vie permet de :

  • Clarifier ses valeurs profondes et aligner ses choix de vie avec celles-ci ;

  • Cultiver une motivation durable, fondée sur le sens plutôt que la seule performance ;

  • Favoriser la créativité, l’intuition et la vision à long terme ;

  • Développer un leadership éthique et une coopération plus humaine dans les milieux professionnels.

3. Un pilier du bien-être durable


Contrairement aux approches ponctuelles du bien-être, la spiritualité laïque propose une démarche globale et durable. Elle s’inscrit dans un cheminement personnel continu, nourri par l’expérience, la réflexion et l’ouverture à l’autre. 

Elle favorise un bien-être qui ne dépend pas uniquement des conditions extérieures, mais qui puise dans une stabilité intérieure et une relation vivante au monde.

Conclusion

La spiritualité laïque, en tant que chemin d’intériorité et de sens accessible à tous, constitue une ressource puissante et inclusive pour favoriser l’équilibre mental, orienter les projets de vie, et construire une forme de bien-être ancrée, consciente et durable. 

Elle mérite d’être intégrée, reconnue et valorisée dans les parcours éducatifs, professionnels et thérapeutiques.

Si je devais conseiller une lecture, ce serait celle de Francis GUIBAL, dans Etudes – 14, rue d’Assas – 75006 Paris – Septembre 2007 – n° 4073, Une spiritualité laïque ? A propos des essais de André Comte-Sponville et de Luc Ferry. Lecture dense mais qui pour moi part des altérités de la religion et de la laïcité, pour en venir à l’essentielle réciprocité, qui encense notre riche diversité.

Car le but d’une vie n’est elle pas la reliance ? A soi, aux autres ?


SOURCE : 1EvelIne GRLEDER, enseignante de yoga et de méditation, Docteure en sociologie et chercheure en socio-anthropologie de l’imaginaire, dans l’esprit d’Edgar Morin. Quel souffle anime nos engagements ? - revue Quart monde 2017/4 n°244